La droite qui innove, la Belgique qui avance

Et si l’intelligence artificielle finançait l’avenir belge?


Les bénéfices de l’intelligence artificielle ne peuvent pas être privatisés tandis que ses coûts sociaux seraient assumés par la collectivité. La Belgique doit créer un Fonds souverain de l’IA afin de convertir une partie de la valeur produite par cette révolution technologique en investissements, en emplois et en prospérité partagée.

L’intelligence artificielle n’est plus une promesse lointaine. Elle transforme déjà les entreprises, les administrations, la recherche, les soins de santé, la finance et l’organisation du travail. Elle permettra de produire davantage avec moins de ressources, d’automatiser certaines tâches, d’améliorer les diagnostics médicaux et d’accélérer l’innovation.

Mais toute révolution industrielle pose la même question : qui bénéficiera réellement des gains de productivité ? Les actionnaires des grandes plateformes mondiales ? Les fonds d’investissement qui financeront les entreprises les plus performantes ? Ou l’ensemble des citoyens, qui ont rendu possible cette transformation par leur travail, leurs données, leurs infrastructures publiques et leurs impôts ?

La Belgique ne peut pas attendre que la réponse soit imposée de l’extérieur.

La nouvelle rente technologique

L’intelligence artificielle repose sur des ressources qui ne sont pas exclusivement privées. Elle s’appuie sur des années de recherche fondamentale financée par les pouvoirs publics, sur des universités, sur des réseaux énergétiques et numériques, sur des infrastructures de données et sur des travailleurs formés par l’enseignement public.

Les entreprises ont naturellement vocation à tirer profit de leurs investissements. Mais il serait économiquement naïf et politiquement irresponsable de considérer que la valeur créée par l’IA leur appartient intégralement. Lorsque la collectivité contribue à créer les conditions d’une innovation, elle doit pouvoir en recueillir une part légitime.

Le débat ne consiste pas à punir l’innovation ni à opposer artificiellement le capital et le travail. Il s’agit de construire un mécanisme de souveraineté économique. La Belgique doit faire en sorte qu’une partie des bénéfices liés à l’intelligence artificielle reste investie dans notre pays, au service de notre capacité productive et de notre cohésion nationale.

Le plan belge de convergence pour l’intelligence artificielle reconnaît déjà la nécessité de soutenir la recherche, les start-up, les infrastructures, les compétences et les PME. Il souligne également le risque que la valeur créée en Belgique soit captée par des acteurs étrangers si notre pays ne développe pas son propre écosystème technologique. C’est précisément cette faiblesse qu’un Fonds souverain belge de l’IA permettrait de corriger.  

Un fonds, pas une nouvelle administration

Le Fonds souverain belge de l’IA ne devrait pas être une énième structure bureaucratique chargée de distribuer des subsides selon des critères opaques. Il devrait être un instrument d’investissement professionnel, indépendant dans sa gestion, mais responsable devant la représentation nationale.

La Belgique dispose déjà d’un véhicule pertinent : la Société fédérale de participations et d’investissement, la SFPIM. Celle-ci a précisément pour mission de préserver l’ancrage des actifs stratégiques et de soutenir des entreprises prometteuses ou établies au moyen de participations et de solutions de capital à long terme. 

Il ne s’agit donc pas de partir de zéro. Il faut donner à la SFPIM, ou à une structure spécialisée placée sous son contrôle, un mandat clair en matière d’intelligence artificielle et de technologies stratégiques.

Ce Fonds souverain pourrait intervenir selon quatre axes :

  • prendre des participations dans des entreprises belges actives dans l’IA, les semi-conducteurs, la cybersécurité, les données, le cloud et la robotique ;
  • financer la croissance des start-up afin qu’elles ne soient pas contraintes de se vendre trop tôt à des groupes étrangers ;
  • soutenir les infrastructures nationales et européennes de calcul, de stockage et de données ;
  • réinvestir les dividendes et les plus-values dans la recherche, la formation et la modernisation de notre économie.

La logique est simple : l’État ne doit pas seulement taxer la richesse une fois qu’elle est produite. Il doit aussi pouvoir investir dans les entreprises qui la produisent.

Comment alimenter le Fonds ?

Plusieurs sources peuvent être mobilisées, sans créer une fiscalité indistincte qui pénaliserait l’ensemble des entreprises.

Premièrement, une fraction des recettes fiscales supplémentaires générées par l’essor de l’IA pourrait être affectée au Fonds : impôt des sociétés, précompte mobilier, taxation des plus-values et recettes liées à l’activité économique nouvelle. L’objectif serait de flécher une partie de la croissance future plutôt que de financer le Fonds par une hausse générale de la pression fiscale.

Deuxièmement, une contribution temporaire sur les surprofits exceptionnels liés à une position dominante pourrait être envisagée, en coordination avec nos partenaires européens. Cette contribution devrait être précisément ciblée, limitée dans le temps et conçue pour éviter de frapper les PME innovantes ou les entreprises qui réinvestissent massivement dans la recherche.

Troisièmement, le Fonds pourrait recevoir les dividendes issus des participations publiques dans les entreprises technologiques. À terme, ces revenus constitueraient une source de financement durable, comparable à la logique de nombreux fonds publics d’investissement à travers le monde.

Enfin, les citoyens pourraient être associés à cette stratégie par un mécanisme d’épargne nationale. Des obligations du Fonds souverain belge de l’IA pourraient être proposées aux particuliers, avec un rendement transparent et une garantie encadrée. L’épargne belge ne doit pas seulement financer des actifs étrangers ; elle doit aussi participer à la construction de notre avenir productif.

Un dividende national de l’innovation

Le Fonds ne devrait pas servir à alimenter indistinctement les dépenses courantes de l’État. Sa vocation première serait de préserver et d’accroître le capital collectif.

Une partie de ses rendements pourrait financer trois priorités.

La première serait la formation. Si l’IA transforme le marché du travail, la réponse ne peut pas se limiter à indemniser les perdants de la transformation. Il faut permettre aux travailleurs de se former, de changer de métier et de progresser dans la chaîne de valeur. Le meilleur filet de sécurité n’est pas l’assistance permanente : c’est la capacité à rester utile, compétent et autonome.

La deuxième priorité serait la recherche. La Belgique possède des universités, des centres de recherche et des entreprises de pointe, notamment dans les domaines de la santé, de la biotechnologie et de l’ingénierie. Le Fonds doit contribuer à retenir les chercheurs, à financer les applications industrielles et à transformer les découvertes en emplois localisés en Belgique.

La troisième serait un dividende national de l’innovation. Celui-ci ne prendrait pas nécessairement la forme d’un revenu universel distribué sans condition. Il pourrait financer des baisses ciblées de charges sur le travail, des crédits de formation individuels, des investissements dans les services publics ou un complément destiné aux générations qui auront à s’adapter le plus fortement aux mutations technologiques.

La redistribution ne doit donc pas être conçue comme une simple logique de transfert. Elle doit devenir une politique d’émancipation et de transmission.

Souveraineté et responsabilité

Créer un Fonds souverain de l’IA ne signifie pas que la Belgique pourrait agir seule dans un marché mondial. Notre pays doit coopérer avec l’Europe, mais coopérer ne signifie pas renoncer à ses intérêts.

L’Union européenne a adopté un cadre commun pour encadrer les systèmes d’intelligence artificielle, notamment les applications présentant des risques élevés. En Belgique, le SPF Économie coordonne la mise en œuvre de ce règlement. Cette régulation est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Des règles peuvent limiter les abus ; elles ne permettent pas, à elles seules, de conserver la valeur économique créée par l’innovation.

La Belgique doit donc défendre une Europe capable de protéger ses citoyens, mais aussi de financer ses entreprises, ses infrastructures et ses technologies. Une Europe qui réglemente sans investir condamne ses propres acteurs à dépendre des puissances américaine et chinoise.

C’est ici que s’exprime le souverainisme éclairé du Mouvement Droite Moderniste : coopérer lorsque c’est utile, mais conserver la capacité de décider, d’investir et de protéger nos secteurs stratégiques. La souveraineté ne consiste pas à fermer les frontières économiques. Elle consiste à ne pas être entièrement dépendant de décisions prises ailleurs.

Une exigence de transparence

Un tel fonds ne pourra réussir que s’il échappe à la particratie. Ses dirigeants devront être sélectionnés sur la base de leurs compétences et non de leur proximité politique. Les investissements devront répondre à des critères publics : rendement, intérêt stratégique, création d’emplois, maintien de centres de décision en Belgique, respect des règles sociales et environnementales.

Chaque année, le Fonds devra publier ses comptes, ses rémunérations, ses participations, ses résultats et l’impact économique de ses investissements. Le Parlement devra pouvoir exercer un contrôle réel, sans intervenir dans la gestion quotidienne.

Le Fonds souverain ne doit pas devenir une caisse noire politique, ni un refuge pour entreprises déficitaires, ni un outil de favoritisme régional. Il doit être géré comme un investisseur exigeant, avec une vision de long terme et une tolérance limitée à l’échec lorsqu’il résulte de la mauvaise gestion.

Ne pas subir l’avenir

L’intelligence artificielle bouleversera nos économies, mais elle ne déterminera pas seule notre destin. Ce destin dépendra des institutions capables de transformer le progrès technologique en puissance collective.

La question n’est pas de savoir si l’IA produira de la richesse. Elle en produira. La question est de savoir si cette richesse renforcera l’autonomie de la Belgique ou si elle accélérera sa dépendance ; si elle financera nos écoles, nos entreprises et nos chercheurs ou si elle alimentera uniquement les bilans de groupes étrangers ; si elle élargira les possibilités offertes aux citoyens ou si elle approfondira la fracture entre ceux qui possèdent les technologies et ceux qui les subissent.

Le Mouvement Droite Moderniste fait le choix de l’innovation, mais aussi de la responsabilité. Nous refusons à la fois la peur technologique et le laisser-faire économique. Les bénéfices de l’IA doivent récompenser ceux qui innovent, mais ils doivent également contribuer à financer l’avenir de la nation.

Créer un Fonds souverain belge de l’intelligence artificielle, c’est transformer une révolution subie en projet national. C’est faire du progrès technologique non pas une rente pour quelques-uns, mais un capital pour tous.


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