La droite qui innove, la Belgique qui avance

L’école belge est devenue un champ de bataille


Non pas au sens figuré, mais au sens politique, culturel et presque civilisationnel du terme. Ce qui s’y joue aujourd’hui dépasse largement la question de l’enseignement : c’est une lutte pour le contrôle des esprits, des normes et du récit collectif.

Pendant des décennies, l’école a été présentée comme un sanctuaire neutre, un espace protégé des tensions du monde extérieur. Cette fiction ne tient plus. L’école est désormais en première ligne, exposée à toutes les fractures d’une société belge de plus en plus fragmentée.

Le cœur du conflit est simple : qui décide de ce que les enfants doivent apprendre, comprendre et devenir ?

Car derrière les programmes scolaires se cache une bataille idéologique. D’un côté, une vision qui déconstruit, relativise, fragmente. Une école sommée de s’adapter en permanence à toutes les sensibilités, au point de ne plus oser affirmer quoi que ce soit de structurant. De l’autre, une exigence de clarté : transmettre une culture, une histoire, des repères communs sans lesquels aucune société ne tient.

Aujourd’hui, cette deuxième option recule. Et le vide qu’elle laisse est immédiatement occupé.

Dans de nombreux établissements, l’autorité ne disparaît pas : elle change de mains. Elle glisse progressivement de l’institution vers des logiques parallèles — pression de groupe, normes informelles, influences extérieures. Certains sujets deviennent explosifs. Certains cours sont contestés. Certains enseignants s’autocensurent. Non pas par choix pédagogique, mais par crainte du conflit.

C’est cela, la réalité que l’on refuse de nommer : une partie de l’école belge ne transmet plus sereinement, elle négocie en permanence.

À cela s’ajoute une hypocrisie persistante. On continue à parler d’« égalité des chances » dans un système qui organise de fait la séparation. Écoles ghettos d’un côté, établissements protégés de l’autre. Concentration des difficultés sociales, linguistiques et culturelles dans certains quartiers, fuite vers d’autres réseaux. Le tout sous le vernis d’un discours officiel qui nie l’ampleur du problème.

Mais le plus inquiétant n’est pas là.

Le plus inquiétant, c’est le renoncement progressif. Renoncement à exiger. Renoncement à transmettre. Renoncement à affirmer qu’une société a le droit — et même le devoir — de définir ce qu’elle considère comme non négociable.

Car une école qui n’ose plus dire ce qui est vrai, ce qui est faux, ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, cesse d’être une école. Elle devient un espace flottant, livré aux rapports de force.

Et dans un tel espace, ce ne sont jamais les principes les plus exigeants qui l’emportent.

La Belgique paie aujourd’hui le prix de décennies d’aveuglement volontaire. À force de refuser de voir l’école comme un enjeu culturel central, elle a laissé s’installer une situation où l’institution n’impose plus le cadre : elle le subit.

Il est encore temps d’inverser la trajectoire. Mais cela suppose de rompre avec le déni.

Réaffirmer l’autorité de l’école. Assumer une transmission culturelle claire. Refuser les accommodements permanents qui dissolvent le cadre commun. Mettre fin à la ségrégation scolaire qui alimente toutes les tensions.

Ce sont des choix politiques. Et ils auront un coût.

Mais ne rien faire en a un aussi — bien plus élevé.

Car une école qui abdique ne produit pas seulement de l’échec scolaire. Elle produit une société incapable de se comprendre elle-même, fragmentée, instable, et à terme ingouvernable.

Le champ de bataille est déjà là.

La seule question est de savoir qui accepte enfin de le regarder en face.

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