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La régularisation des sans papiers: le grand piège que l’on refuse de voir


À chaque campagne de régularisation, le même scénario se répète. On nous présente le visage d’un travailleur courageux, d’une famille installée depuis plusieurs années, d’un homme ou d’une femme « parfaitement intégrés ». Et la conclusion semble devoir s’imposer d’elle-même : puisqu’ils travaillent, puisqu’ils vivent ici, puisqu’ils contribuent à l’économie, il faudrait les régulariser.

Cette logique paraît généreuse. En réalité, elle est profondément dangereuse.

Car derrière chaque régularisation se cache une question que peu osent poser : à quoi servent encore les règles si leur violation finit systématiquement par être récompensée ?

Une nation a le droit de choisir qui elle accueille. C’est même l’un des fondements de sa souveraineté. Pourtant, la régularisation inverse totalement cette logique. Ce n’est plus la collectivité qui décide qui peut entrer et s’installer durablement ; ce sont les faits accomplis qui imposent leur loi. Il suffit d’être là suffisamment longtemps pour que le système finisse par céder.

Le message envoyé au monde entier est limpide : les règles existent, mais elles ne sont pas décisives. Avec suffisamment de temps, de persévérance et parfois de soutien militant, l’irrégularité d’aujourd’hui peut devenir la légalité de demain.

On appelle cela de l’humanisme. C’est en réalité une invitation permanente au contournement des procédures.

Les défenseurs des régularisations refusent souvent de voir cette évidence. Chaque régularisation est présentée comme exceptionnelle. Pourtant, lorsque l’exception se répète régulièrement, elle cesse d’être une exception. Elle devient un mécanisme parallèle d’immigration.

L’effet est connu : pourquoi attendre des années une autorisation légale si l’on peut espérer obtenir le même résultat en entrant d’abord et en négociant ensuite ?

Mais le piège ne s’arrête pas là.

On affirme que ces travailleurs sont indispensables à l’économie. Vraiment ? Ou sont-ils surtout indispensables à certains employeurs qui profitent d’une main-d’œuvre abondante, vulnérable et peu coûteuse ?

Depuis des décennies, certaines activités refusent de résoudre leurs problèmes de recrutement autrement que par l’importation continue de travailleurs prêts à accepter des conditions que beaucoup de résidents jugent insuffisantes. Plutôt que d’augmenter les salaires, d’améliorer les conditions de travail ou d’investir dans l’innovation, on réclame davantage de main-d’œuvre.

La régularisation ne corrige pas ce modèle économique. Elle le consolide.

Elle permet de perpétuer une économie de bas salaires tout en donnant une caution morale à ce qui reste, fondamentalement, une forme de dépendance à une immigration permanente.

Le plus inquiétant est peut-être ailleurs.

Derrière la question migratoire se joue une bataille idéologique sur le sens même de la citoyenneté.

Pendant longtemps, les démocraties européennes ont reposé sur une idée simple : les droits politiques et le séjour durable découlaient de décisions collectives prises selon des règles connues à l’avance.

La logique des régularisations remplace progressivement ce principe par un autre : la présence crée le droit.

Vous êtes là. Vous restez. Vous vous installez. Et tôt ou tard, l’État doit s’adapter.

Cette philosophie du fait accompli est une bombe à retardement pour l’État de droit. Car si la durée de l’irrégularité devient un argument en faveur de la régularisation, alors le respect des règles devient presque secondaire.

Le paradoxe est cruel pour ceux qui suivent les procédures légales. Ceux qui patientent, remplissent les conditions et respectent les démarches administratives découvrent que d’autres peuvent parfois atteindre le même résultat par un chemin beaucoup plus direct.

Quel message leur envoie-t-on ?

La vérité est que le débat sur la régularisation n’oppose pas les généreux aux égoïstes, ni les humanistes aux insensibles. Il oppose deux visions de la société.

La première considère que la loi doit s’adapter en permanence aux situations créées sur le terrain.

La seconde estime que la compassion ne peut pas remplacer les règles et qu’une politique migratoire crédible suppose que les décisions prises démocratiquement soient effectivement appliquées.

Une société qui n’ose plus faire respecter ses propres règles finit toujours par les vider de leur substance.

La question n’est donc pas de savoir si les sans-papiers régularisables sont sympathiques, travailleurs ou méritants. Beaucoup le sont sans doute.

La véritable question est la suivante : voulons-nous encore que l’immigration soit le résultat d’un choix collectif, ou acceptons-nous qu’elle soit progressivement déterminée par le fait accompli ?

C’est là que se trouve l’enjeu. Et c’est précisément pour cette raison que la régularisation systématique des sans-papiers, même lorsqu’ils travaillent, n’est pas une solution. C’est un piège. Un piège économique, un piège politique et, surtout, un piège pour la crédibilité même de l’État de droit.

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