La droite qui innove, la Belgique qui avance

L’Europe ne construit plus une puissance. Elle empile des fragilités


Pendant des années, les Européens ont vécu dans la peur du grand retour de la guerre sur le continent. Depuis 2022, cette peur a pris un visage : la Russie de Vladimir Poutine. Chars, missiles, cyberattaques, pression énergétique, propagande. La menace existe. Elle est sérieuse. Mais elle n’est peut-être pas la plus dangereuse pour l’avenir de l’Union européenne.

L’Europe de Bruxelles ressemble de plus en plus à un organisme incapable de s’arrêter de grossir, alors même qu’il peine déjà à tenir debout. À 27 États, l’Union est lente, bureaucratique, divisée et souvent paralysée. Pourtant, au lieu de consolider ce qui existe, les élites européennes veulent encore élargir :

  • Ukraine,
  • Moldavie,
  • Balkans occidentaux,
  • demain peut-être Géorgie,
  • et pourquoi pas davantage encore.

Comme si la taille faisait automatiquement la puissance.

C’est une illusion.

Chaque nouvelle adhésion ajoute :

  • des intérêts nationaux contradictoires,
  • des besoins financiers gigantesques,
  • des droits de veto supplémentaires,
  • des fractures économiques,
  • des tensions géopolitiques importées au cœur de l’Union.

L’Ukraine, à elle seule, pose une question vertigineuse. Un pays immense, ravagé par la guerre, nécessitant des centaines de milliards de reconstruction, doté d’un secteur agricole capable de bouleverser les équilibres européens, avec des enjeux sécuritaires permanents vis-à-vis de la Russie. Intégrer un tel État dans l’UE ne serait pas un simple élargissement. Ce serait une transformation complète du projet européen.

Et pourtant, le débat est presque interdit.

Quiconque ose poser la question de la capacité d’absorption de l’Union est immédiatement soupçonné d’être « anti-européen » ou « pro-russe ». Comme si réfléchir aux limites d’un système revenait automatiquement à trahir celui-ci.

Mais les empires ne s’effondrent pas uniquement parce qu’ils sont attaqués de l’extérieur. Ils s’effondrent aussi parce qu’ils deviennent ingouvernables de l’intérieur.

Rome ne s’est pas réveillée un matin en découvrant soudain sa chute. Le déclin fut progressif : extension excessive, bureaucratie hypertrophiée, dilution du centre politique, incapacité croissante à décider vite et à maintenir une cohésion durable.

L’Union européenne prend aujourd’hui un chemin comparable : celui d’une expansion permanente sans clarification politique préalable.

Car enfin, qu’est-ce que l’Union européenne veut devenir ?

Une civilisation politique cohérente ?
Une puissance stratégique ?
Une fédération ?
Ou simplement une immense zone administrative ouverte à tous les vents ?

On ne peut pas vouloir simultanément :

  • toujours plus d’États,
  • toujours plus de divergences,
  • toujours plus de règles communes,
  • et toujours plus d’efficacité politique.

À un moment, la mécanique casse.

Le paradoxe est là :
la guerre en Ukraine aurait dû pousser l’Europe à se renforcer politiquement, industriellement et stratégiquement. Au lieu de cela, Bruxelles semble croire que l’élargissement est une stratégie en soi.

Comme si additionner des drapeaux suffisait à fabriquer une nation continentale.

La vérité est plus brutale :
une Europe trop vaste pourrait devenir une Europe impuissante.

Incapable de décider.
Incapable de protéger.
Incapable de financer.
Incapable même de conserver l’adhésion de ses propres peuples.

Le danger russe est réel.
Mais une menace extérieure peut parfois souder un bloc politique.

L’hyper-élargissement, lui, peut lentement dissoudre toute cohérence commune.

L’Union européenne ne mourra peut-être pas d’invasion.

Elle pourrait mourir d’indigestion.


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