
La disparition de l’OTAN plongerait l’Union européenne dans une crise existentielle, révélant brutalement l’illusion d’une sécurité déléguée aux États-Unis et ouvrant un risque réel de fragmentation stratégique si les Européens ne parviennent pas à s’accorder sur la défense. Pour un mouvement comme le MDM, c’est le test décisif : soit l’Europe assume enfin sa souveraineté militaire, soit elle se défait.
L’OTAN, béquille stratégique de l’UE
Depuis 70 ans, l’OTAN a permis aux États européens de sous-investir dans leur défense, tout en bénéficiant du parapluie américain, ce qui a retardé l’émergence d’une véritable défense européenne. La tentative de Communauté européenne de défense a échoué dès les années 1950 et l’Union de l’Europe occidentale est restée symbolique, laissant à l’OTAN la fonction réelle de protection du continent.
Cette dépendance a façonné des opinions publiques persuadées que la sécurité était un « bien gratuit », exogène et permanent. La fin de l’OTAN briserait ce confort psychologique : du jour au lendemain, l’UE devrait choisir entre payer le prix de sa protection ou accepter son déclassement stratégique.
Le choc d’une fin de l’OTAN
La fin de l’OTAN, qu’elle résulte d’un désengagement américain ou d’une implosion politique interne, créerait un vide sécuritaire sans précédent pour l’UE. Les États qui s’en remettaient à l’article 5 comme ultime assurance vie se découvriraient nus, sans cadre institutionnalisé de défense collective.
Ce choc serait d’autant plus violent que nombre de pays n’atteignent même pas les 2% du PIB de dépenses militaires, loin des niveaux nécessaires pour une autonomie minimale. Pour des États comme la Belgique, sans le « bouclier OTAN », l’effort devrait monter à 4–5% du PIB pour une dissuasion crédible et des capacités lourdes complètes.
Le risque de fragmentation européenne
Face au vide, trois forces centrifuges menaceraient l’UE :
- Le réflexe national : chaque État chercherait des arrangements bilatéraux (États-Unis, Royaume-Uni, puissances régionales), recréant une Europe des alliances concurrentes.
- La tentation de neutralité : certains pays basculeraient dans un pacifisme désarmé, refusant tout effort significatif, au risque de devenir les maillons faibles et les zones grises du continent.
- La divergence géopolitique : l’Est obsédé par la menace russe, le Sud par le Sahel et la Méditerranée, le Nord par l’Arctique et la mer Baltique, sans cadre commun, accentuerait les fractures.
Cette désynchronisation stratégique pourrait rapidement contaminer le marché intérieur, la politique étrangère et même la cohésion budgétaire, car aucun projet commun ne survit longtemps si les perceptions de sécurité sont incompatibles. Une UE qui ne contrôle plus son environnement stratégique devient une zone d’influence disputée, non un pôle de puissance.
La ligne MDM : souveraineté ou déclin
Dans une perspective MDM, la question n’est pas de pleurer la fin éventuelle de l’OTAN, mais de savoir si l’Europe est encore capable de se comporter en adulte stratégique. Le diagnostic est clair :
- Sans alliance atlantique, la seule réponse responsable est une montée en puissance rapide des capacités nationales et européennes, bien au-delà du symbole des 2%.
- Une défense européenne ne peut être un doublon mou de l’OTAN ; elle doit articuler souveraineté nationale renforcée et coopération structurée entre États décidés à payer le prix de la puissance.
Le MDM défend déjà l’idée d’une défense autonome belge, ancrée dans l’action commune européenne mais sans « solidarité forcée » et sans posture d’allié modèle de l’OTAN. Transposée à l’échelle de l’UE, cette logique signifie : mutualiser ce qui renforce, garder la maîtrise nationale de l’essentiel, et refuser toute naïveté stratégique envers des régimes autoritaires, qu’ils soient russes, chinois ou autres.
Une fenêtre étroite pour éviter la destruction
La fin de l’OTAN serait le moment de vérité : soit les Européens construisent un pilier de défense crédible, fondé sur des investissements massifs, une base industrielle de défense compétitive et une doctrine commune, soit l’UE se rétracte en simple marché vulnérable. L’histoire montre que les structures de défense sans volonté ni moyens se vident de sens et disparaissent ; l’UE n’échappera pas à cette loi politique.
Pour un mouvement de droite moderniste, le choix est sans ambiguïté : mieux vaut une Europe moins large mais capable de se défendre qu’une Union élargie, impuissante et dépendante des humeurs de puissances extérieures. La véritable crise existentielle n’est pas la fin de l’OTAN en soi, mais l’éventualité d’une Europe qui, face au vide, choisirait encore l’illusion plutôt que la puissance.

