
Si la Belgique réduit durablement l’immigration, elle devra compenser par une hausse nette du taux d’activité et du taux d’emploi. Les projections démographiques et les analyses de l’OCDE convergent: le vieillissement réduit mécaniquement la population active, tandis que la croissance du PIB par habitant ralentit si les ressources de main-d’œuvre sous-utilisées ne sont pas mobilisées.
Le diagnostic de départ est clair. Le Conseil supérieur de l’emploi a mis en évidence un écart d’emploi important entre les personnes nées en Belgique et celles nées hors UE, avec un taux d’emploi d’environ 70% chez les natifs contre environ 50% chez les immigrés nés hors de l’Union européenne. Cela représente, pour la Belgique, un gisement de main-d’œuvre déjà présent mais partiellement inutilisé.
Les trois variables décisives
La première variable est l’emploi des seniors. L’OCDE souligne que l’augmentation de l’emploi des 55-64 ans est l’un des leviers les plus efficaces face au vieillissement, avec un enjeu particulièrement fort après 60 ans. Concrètement, chaque point de taux d’emploi gagné dans cette tranche d’âge réduit la perte de population active liée aux sorties anticipées.
La deuxième variable est l’emploi féminin. Les écarts persistent surtout lorsqu’il existe des interruptions de carrière, du temps partiel subi ou des contraintes de garde d’enfants. L’OCDE insiste sur les politiques de conciliation, de formation continue et de flexibilité comme moyens de faire remonter durablement le taux d’activité.
La troisième variable est l’activation des personnes inactives ou sous-employées, en particulier parmi les personnes nées à l’étranger. L’écart observé par le Conseil supérieur de l’emploi montre qu’une meilleure intégration sur le marché du travail peut compenser une partie importante de la baisse des flux migratoires.
Ordre de grandeur du problème
Le problème n’est pas uniquement démographique, il est aussi structurel. Le Bureau fédéral du Plan rappelle que la croissance démographique belge dépend largement de l’immigration, ce qui signifie qu’une réduction des arrivées a un effet direct sur le volume de la population en âge de travailler. Dans un pays vieillissant, la moindre baisse du taux d’activité se traduit rapidement par un affaiblissement du ratio actifs/inactifs.
L’OCDE précise que, sans ajustement rapide des politiques publiques, la croissance du PIB par habitant ralentira sensiblement dans la plupart des pays avancés. Pour la Belgique, cela implique que la soutenabilité des pensions, des soins de santé et du financement public dépend moins du seul niveau d’immigration que du nombre effectif de personnes employées.
Leviers de compensation
Pour éviter une baisse de la population active avec moins d’immigration, la Belgique devrait viser simultanément plusieurs objectifs chiffrables:
- Augmenter le taux d’emploi des 55-64 ans.
- Réduire l’écart d’emploi entre natifs et personnes nées hors UE.
- Accroître l’emploi féminin, surtout dans les groupes à faible taux d’activité.
- Limiter les sorties précoces du marché du travail.
- Rehausser le taux de participation des inactifs par la formation et la reconversion.
En pratique, cela suppose un pilotage par indicateurs: taux d’activité, taux d’emploi, durée moyenne de carrière, âge effectif de sortie du marché du travail et taux d’emploi par origine. Sans suivi de ces variables, toute politique de réduction de l’immigration risque de se traduire par une contraction nette de la population active.
En somme, la Belgique peut réduire sa dépendance à l’immigration, mais pas sans contrepartie. La condition est simple: transformer un modèle fondé sur l’appoint migratoire en un modèle fondé sur l’activation interne. Autrement dit, moins d’immigration n’est soutenable que si le pays parvient à augmenter significativement le nombre de personnes effectivement en emploi.
Carl-Alexandre Robyn, essayiste politique, observateur des flux migratoires et des dynamiques démographiques, auteur des livres « Le suicide démographique belge« , et « La Belgique en changement de peuple« , 2026, disponibles via AmazonBooks.

