La droite qui innove, la Belgique qui avance

La Belgique peut préserver sa population active sans compter davantage sur l’immigration


On ne peut pas, d’un côté, vouloir moins d’immigration, et de l’autre, refuser les conséquences d’une population active qui se contracte. C’est la grande hypocrisie du débat belge: chacun réclame la sécurité, l’État social, les pensions, les soins de santé, la compétitivité — mais personne ne veut dire clairement qui va travailler, produire et financer tout cela. Le vieillissement démographique n’est pas une opinion, c’est un fait, et l’OCDE rappelle que sans mobilisation accrue des seniors, des femmes et des travailleurs sous-utilisés, la croissance du PIB par habitant ralentira sensiblement. 

En Belgique, le sujet est encore plus brutal. Le Conseil supérieur de l’emploi a montré que les personnes nées hors de l’Union européenne restent très en dessous des natifs en matière d’emploi, autour de 50% contre environ 70% pour les personnes nées en Belgique, ce qui signifie qu’une énorme réserve de travail est déjà là, mais mal exploitée. Autrement dit, le pays ne souffre pas seulement d’un manque d’entrées; il souffre surtout d’une incapacité à mettre au travail ceux qui résident déjà sur son territoire.   

Réduire les flux migratoires sans réformer le marché du travail, c’est organiser une baisse mécanique de la population active. Le Bureau fédéral du Plan indique que la croissance démographique belge dépend largement de l’immigration, ce qui veut dire que toute baisse durable des flux se répercute directement sur la taille de la main-d’œuvre future. Ceux qui promettent une politique migratoire plus stricte sans en assumer les effets économiques vendent une illusion.  

Le vrai problème n’est donc pas idéologique, il est arithmétique. Moins d’entrées, plus de retraités, davantage de besoins sociaux, et toujours les mêmes obstacles à l’emploi: prépensions de fait, inactivité prolongée, manque de flexibilité, formation insuffisante, carrières hachées, faible emploi des seniors et sous-emploi des femmes. Tant que ces blocages ne sont pas levés, toute baisse de l’immigration se traduira par une pression accrue sur les actifs restants. 

Il faut choisir: activation ou déclin

Si la Belgique veut préserver sa population active sans compter davantage sur l’immigration, elle doit accepter une série de mesures que beaucoup refusent par confort politique.

  • Faire travailler plus longtemps les 55-64 ans, au lieu de sanctuariser les sorties anticipées.
  • Mettre fin au gâchis d’inactivité chez les femmes, notamment en levant les freins liés à la garde d’enfants et au temps partiel subi.
  • Réduire la dépendance aux allocations et réorienter l’effort public vers l’activation et la formation.
  • Revaloriser la productivité plutôt que de compenser systématiquement par des entrées migratoires.
  • Exiger une intégration réelle au marché du travail pour les personnes déjà installées mais durablement éloignées de l’emploi.   

Le message est simple: soit on mobilise mieux la Belgique réelle, soit on assume que la Belgique active rétrécira. Ceux qui veulent moins d’immigration doivent avoir le courage de dire comment ils comptent maintenir le nombre de travailleurs, et surtout à quel prix politique. Sinon, leur discours n’est qu’un slogan de plus, déconnecté des contraintes démographiques et budgétaires du pays.     

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