
La réponse passe par un changement de base de financement: il faut moins financer la protection sociale par le seul travail et davantage par la consommation, le capital, la valeur ajoutée et les recettes fiscales générales.
En Belgique, ce principe existe déjà en partie via le financement alternatif de la sécurité sociale, qui complète les cotisations et repose notamment sur des recettes de TVA et d’autres impôts.
Le problème belge est classique: plus la masse salariale est sous pression, plus le financement des pensions et de la sécurité sociale devient fragile. Or, la sécurité sociale belge est déjà financée par plusieurs canaux, avec une gestion financière globale et un financement alternatif qui vise justement à ne pas tout faire reposer sur les cotisations patronales et salariales.
L’enjeu politique n’est donc pas de créer un système entièrement nouveau, mais d’amplifier et de stabiliser les sources non liées au travail.
Les leviers possibles
- Augmenter la part de TVA affectée au financement social, car la consommation est plus large que le seul emploi.
- Affecter une fraction plus importante des recettes sur le capital: revenus financiers, dividendes, plus-values, patrimoines.
- Mieux taxer les rentes économiques et certaines bases peu mobiles.
- Réduire progressivement les cotisations sur les bas et moyens salaires, pour alléger le coût du travail.
- Financer une partie des pensions via l’impôt général, plutôt que via les seules cotisations des actifs.
Il ne faut pas remplacer une dépendance par une autre dépendance. Par exemple, déplacer tout le financement vers la TVA peut devenir régressif si on ne compense pas les ménages modestes. De même, taxer uniquement le capital sans assiette large expose le système à l’évasion ou à l’instabilité des recettes. Le bon modèle est donc un panier mixte: travail moins taxé, base fiscale plus diversifiée.
Une réforme cohérente pourrait reposer sur quatre piliers:
- Pensions de base financées davantage par l’impôt général.
- Sécurité sociale alimentée par une TVA sociale élargie.
- Contribution accrue des revenus du capital et des bénéfices.
- Cotisations sociales plus faibles sur le travail, surtout pour les emplois peu qualifiés et les carrières longues.
Si la Belgique veut rendre son modèle social moins dépendant du nombre d’actifs, elle doit accepter une vérité simple: on ne peut plus faire porter l’essentiel du coût du vieillissement sur une population salariée qui stagne. Le financement doit suivre la richesse créée dans toute l’économie, pas seulement la fiche de paie.
Voici un schéma de réforme de notre modèle de financement de l’Etat social en 5 points :
1. Maintenir le socle par répartition
La pension légale reste le pilier central, pour garantir la solidarité entre générations et la protection des carrières incomplètes. L’objectif n’est pas de casser le système existant, mais de le rendre plus soutenable et plus lisible. On peut y intégrer un mécanisme de points ou de droits plus transparent, avec un lien plus direct entre cotisations, durée travaillée et pension future.
2. Créer un fonds public de réserve
Une fraction limitée des cotisations serait versée dans un fonds de pension public, séparé du budget courant et doté d’une gouvernance indépendante. Ce fonds investirait sur les marchés avec une stratégie diversifiée, prudente et de long terme, à l’image de certains mécanismes nordiques. Sa mission ne serait pas de remplacer la répartition, mais d’amortir le choc démographique et de constituer un actif collectif.
3. Introduire une capitalisation obligatoire limitée
Chaque cotisant pourrait voir une petite part de ses cotisations affectée à un compte capitalisé, avec gestion par défaut à frais très faibles. Cette poche serait encadrée par des règles strictes: diversification, plafonds de risque, frais limités et option de sortie limitée. L’idée est d’ajouter du rendement à long terme sans exposer l’ensemble du système aux aléas boursiers.
4. Rendre le système plus automatique
Il faut prévoir des correcteurs automatiques: ajustement de l’indexation, rythme d’accumulation des droits, ou taux de contribution du fonds de réserve selon la situation démographique et financière. Cela évite que chaque tension budgétaire devienne une crise politique. Le système devient plus prévisible, donc plus crédible pour les actifs comme pour les futurs retraités.
5. Protéger les bas revenus et les carrières fragiles
Aucune réforme de ce type ne fonctionne sans filet social robuste. Il faut donc garantir un minimum pensionnel, des mécanismes de compensation pour les interruptions de carrière et une majoration pour les bas salaires ou les métiers pénibles. Sans cela, la capitalisation bénéficierait surtout aux revenus réguliers et accentuerait les inégalités.
On pourrait résumer la réforme ainsi: une pension de base par répartition, un fonds public de réserve, une capitalisation limitée et encadrée, des correcteurs automatiques, et une protection forte des carrières fragiles.

