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Pourquoi les pays d’Europe centrale et orientale rejettent la souveraineté européenne au profit d’une OTAN renforcée ?


Les pays d’Europe centrale et orientale ne rejettent pas l’Union européenne en tant que telle, mais ils privilégient clairement un OTAN renforcé comme garant ultime de leur survie face à la Russie, et perçoivent la « souveraineté européenne » en matière de défense comme trop incertaine, trop lente et potentiellement dangereuse si elle affaiblit le lien avec Washington.

Mémoire historique et peur existentielle de la Russie

Pour la Pologne, les pays baltes et une partie de l’Europe centrale, la Russie reste l’ennemi historique, au cœur même de la construction de leur identité nationale, ce qui nourrit une perception de menace directe et existentielle. Leur géographie – frontière commune avec la Russie, la Biélorussie ou l’Ukraine, vulnérabilité du couloir de Suwałki – renforce cette obsession de la défense territoriale face à une invasion potentielle. Dans ce contexte, ils privilégient une garantie de sécurité maximale et immédiatement crédible plutôt qu’un projet encore inachevé d’autonomie stratégique européenne.

Crédibilité militaire de l’OTAN vs faiblesses de la défense européenne

Depuis 2017, la présence avancée renforcée de l’OTAN – bataillons multinationaux stationnés dans les pays baltes et en Pologne – est très populaire dans la région, car elle met fin au sentiment d’être des « membres de second rang » et matérialise la solidarité des alliés. Les gouvernements d’Europe centrale et orientale sont fortement réticents à revenir au statu quo ante, c’est‑à‑dire à une absence de troupes de l’OTAN sur leur territoire. À l’inverse, la guerre d’Ukraine a mis en lumière l’impréparation des Européens, le morcellement de leurs capacités et leurs divergences de visions stratégiques, ce qui fragilise la crédibilité d’une défense strictement européenne à court terme.

Une culture stratégique « atlantisée »

Plusieurs analyses décrivent deux visions qui s’opposent : une « Europe atlantisée », regroupant les pays de l’est et du nord qui voient dans l’intégration technologique et doctrinale avec les États‑Unis la meilleure garantie face à Moscou, et une « Europe de l’autonomie » portée surtout par Paris. La Pologne illustre ce choix : réarmement massif, achats de F‑35, systèmes Patriot, intégration à l’écosystème américain – tout cela renforce le flanc oriental de l’OTAN, mais affaiblit en même temps la perspective d’une défense européenne intégrée et souveraine. Pour ces États, la culture stratégique reste fondamentalement atlantiste : on fait confiance à une alliance militaire dirigée par les États‑Unis plutôt qu’à un projet européen encore flou.

Crainte de perdre le parapluie américain

La plupart des pays de l’UE craignent que la « défense européenne » soit perçue à Washington comme une alternative à l’OTAN, ce qui risquerait d’irriter les États‑Unis et d’éloigner leur principale garantie sécuritaire. Ce risque est jugé d’autant plus inacceptable en Europe centrale et orientale que leur sécurité dépend directement de la présence américaine sur le continent, notamment depuis que l’aide décrète, les présences avancées et la dissuasion nucléaire américaine sont au cœur de la posture alliée envers la Russie. Beaucoup d’États européens, surtout à l’est, considèrent donc qu’il faut éviter toute initiative de souveraineté européenne qui pourrait accélérer un désengagement des États‑Unis, comme le rappelle aussi le débat sur « l’autonomie stratégique » au sein de l’UE.

L’UE pour la prospérité, l’OTAN pour la sécurité

Historiquement, dans les pays candidats d’Europe centrale et balte, l’opinion publique a exprimé un « double désir » : prospérité via l’UE et sécurité via l’OTAN, les deux organisations étant perçues comme complémentaires et non substituables. Aujourd’hui encore, l’Union est vue comme un projet de prospérité, d’intégration économique et de normes, alors que la défense du territoire reste confiée à l’Alliance atlantique, d’autant plus que les perceptions de menace et les ressources militaires sont très hétérogènes entre États membres. Les dirigeants d’Europe centrale et orientale n’« abandonnent » donc pas l’Europe, mais jugent que, tant que l’UE n’a ni capacités militaires suffisantes ni consensus stratégique, la priorité doit rester à un OTAN renforcé plutôt qu’à une souveraineté européenne incertaine face à Moscou.

L’adhésion de l’Ukraine ne fera que renforcer le rejet de la souveraineté européenne, d’autant plus que le poids de l’Ukraine fera pencher la balance géopolitique de l’UE du côté des pays membres d’Europe centrale et orientale. Les pays fondateurs (ceux d’Europe occidentale) ne seront plus que des figurants à qui les nouveaux membres continueront à tondre la laine sur leur dos.

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